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Rentrée des classes au lycée Français de Bangui
Par Isidore M'BAYO l LNC
(Bangui, le 11 Septembre 2026 | LNC) — C’est une tradition bien huilée : chaque début de septembre exige son lot d’images officielles, de sourires cordiaux et de discours lénifiants sur « l’avenir de notre jeunesse ». Mardi dernier, la rentrée solennelle du Lycée Français Charles-de-Gaulle de Bangui n’a pas dérogé à la règle. Sous les flashs des photographes, le ministre de l’Éducation nationale, Aurélien Simplice Zingas, s'est affiché aux côtés de la chargée d’affaires de l’ambassade de France, Marie Paret, et du nouveau proviseur, Bruno Stephan. Une belle photo de famille diplomatique. Mais derrière ce décor de carte postale, une question dérangeante s’impose : pourquoi le ministre de la République a-t-il choisi d’ouvrir l'année scolaire ici, et pas ailleurs ? Pour le chef du département de l'Éducation, arpenter les couloirs du Lycée Français relève d'un confort stratégique. Dans cet établissement d'excellence, pas de tables-bancs brisées, pas de toitures percées, pas de classes pléthoriques à cent élèves par enseignant, et encore moins de maîtres-parents sous-payés en colère. En choisissant les salles de classe climatisées du réseau de l'AEFE, le ministre s'offre une rentrée « hors-sol », une oasis de sérénité factice qui lui évite de confronter le regard des millions de jeunes Centrafricains condamnés au naufrage de l'école publique.Il y a pourtant une profonde ironie politique à voir les hautes autorités de l'État célébrer avec autant de faste un programme scolaire étranger. Alors que les discours officiels à Bangui surfent régulièrement sur la corde de la souveraineté retrouvée, l'élite politique s'empresse de confier l'éducation de ses propres enfants au système français. Une diplomatie de l'entre-soi où l'on feint de dialoguer sur « l'amélioration des infrastructures » et la « coopération », pendant que le système éducatif national, lui, continue de couler à pic. Cette visite de courtoisie dans les salons VIP de la communauté expatriée et de la haute bourgeoisie locale sonne comme une provocation culturelle et sociale. Comment ne pas y voir une tentative de s'accaparer les lauriers d'un succès qui n'est pas le sien ? Le Lycée Charles-de-Gaulle affiche chaque année un taux de réussite insolent au baccalauréat. Un miroir aux alouettes bien pratique pour masquer le terrible bilan du baccalauréat national centrafricain 2026, dont le premier tour a jeté une lumière crue sur le désastre en cours.Entendre le ministre disserter sur le « renforcement des performances académiques » dans une école privée et protégée relève de la pure mise en scène. On nous parle de perspectives de coopération interétablissements et d'amélioration théorique des conditions d'apprentissage. Face à de telles promesses déconnectées du quotidien des écoles de Gobongo, de Boy-Rabe ou des provinces reculées, une seule conclusion s'impose : on peut rêver ! Mais la jeunesse Centrafricaine, elle, attend toujours une vraie rentrée.
LNC
Date: 11 Septembre 2026
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