Sibut revit

Par Karen Ann SULLIVANI l LNC

(Sibut le 14 Août 2026 l LNC) On n'avait plus entendu l'appel du muezzin à la prière à Sibut. 12 ans sont passés. Le calme est revenu après une guerre civile qui avait poussé de nombreux musulmans à l’exil. Dans sa petite boutique d’alimentation, Idriss Elder échange avec ses clients, range ses produits et compte sa recette. Des gestes ordinaires qu’il avait arrêté de faire après sa fuite, en 2014. « Comme il n’y avait plus d’entente, mieux valait fuir pour se réfugier ailleurs », raconte il de retour d’exil au Tchad. Sibut, située sur un axe majeur reliant Bangui, la capitale, aux villes du nord et de l’est du pays, est une ville-carrefour de près de 40.000 habitants, connue pour ses marchés et pour l’harmonie qui y régnait entre chrétiens et musulmans, mais hélas, cette belle harmonie a volé en éclats avec la guerre civile en 2013, avec une offensive des Séléka et une contre-offensive des milices anti-Balaka, ayant abouti au renversement de l’ex-président François Bozizé. À Sibut, dans le quartier Adramane où vivent les musulmans, les maisons et commerces ont été détruits ou abandonnés. La mosquée centrale a été pillée et détruite en 2014. 12 ans plus tard, Adramane renaît doucement. Dans la mosquée centrale récemment reconstruite, les fidèles peuvent à nouveau se retrouver et prier ensemble à l’appel du muezzin. Vêtu d’un boubou sombre, Saïd Goni, l’imam de la mosquée, explique à l’AFP : « Ce que nous prêchons ici, c’est le vivre-ensemble, la cohésion sociale et la paix. Nous tous qui sommes revenus avons besoin de paix », et lui-même, revenu d’exil, tente de convaincre ceux qui vivent toujours loin de Sibut de rentrer : « Ceux qui ne veulent pas revenir se fient aux rumeurs et ils ont peur. Mais nous les rassurons régulièrement. Nous-mêmes sommes rentrés là où nous vivions avant, il n’y a plus rien de grave ». Et Idriss Elder, le commerçant ajoute : « Je n’ai plus peur. Il y a la sécurité maintenant et tout est rentré dans l’ordre ». Cependant, les séquelles des destructions restent encore visibles dans le quartier, qui peine à retrouver son visage d'antan. Comme le souligne Avenir Bissafi, un chrétien qui s’affaire sous une tente en construction : « Ce quartier n’était pas comme ça avant. (…) Aujourd’hui, c’est à terre, le marché ne fonctionne même pas normalement, tout est bloqué » . Pour Ousmane Chaïbou, président du Conseil islamique de Sibut, de nombreux natifs de la ville vivent toujours ailleurs en Centrafrique ou dans les pays voisins. Précisons qu'en 2020, l’ONU estimait que près de 700.000 Centrafricains étaient déplacés dans le pays et 800.000 réfugiés dans les pays voisins, sur un total d’environ 5 millions d’habitants. Notons que la peur n’est pas le seul obstacle au retour. car, beaucoup n’ont plus rien à Sibut. Comme le précise Ousmane Chaïbou : « Le vrai problème, ce sont leurs maisons détruites. Jusqu’à aujourd’hui, ils n’ont pas de maison où habiter. Les autorités locales doivent accompagner cette dynamique de retour et consolider la cohésion sociale. Rodrigue Leya, secrétaire général de la région de Kaga, est venu pour cela échanger avec les fidèles à la mosquée centrale et parler de leurs conditions de vie : « Après tout ce qu’on a connu comme crises, certains sont déjà revenus », se dit-il. Mais, comme dans le reste du pays, la stabilisation reste fragile. Et dans ce pays en outre, enclavé, et figurant parmi les plus pauvres du monde, les richesses de son sous-sol attirent les convoitises et les groupes armés qui y opèrent sont nombreux, en particulier aux frontières avec le Soudan et la République démocratique du Congo (RDC).

LNC

Date: 14 Août 2026

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