L'UNOPS en RCA en question

Par Yannick DORÉ l LNC

(Bangui le 10 Août 2026 l LNC) Le ton monte entre la République Centrafricaine et les Nations unies. Le 7 Août dernier, par la voix de son porte-parole Évariste Ngamana, le gouvernement de Bangui a officiellement accusé le Bureau des Nations unies pour les services d'appui aux projets (UNOPS) de bloquer délibérément plusieurs chantiers routiers majeurs dans le nord-est du pays. La colère des autorités vise l'arrêt des travaux sur des axes hautement stratégiques pour le désenclavement et la sécurité du territoire. Parmi les projets au point mort figurent la réhabilitation de la route Ndélé-Ouadda, la construction de quatre ponts sur l'axe M'brès-Ndélé, et plus globalement, le mégachantier du corridor Kaga-Bandoro – Ndélé – Birao – Soudan amorcé en 2024. L’interruption de ces chantiers intervient au pire moment : en pleine saison des pluies, alors que la région fait face à une forte instabilité sécuritaire et à un afflux massif de réfugiés fuyant la guerre au Soudan. Sans ces routes, l'aide humanitaire est bloquée et les Forces armées centrafricaines (FACA) se retrouvent dans l'incapacité de déployer leur matériel lourd pour sécuriser la frontière. Si le gouvernement crie au blocage politique, la réalité sur le terrain découle directement d'une crise interne sans précédent au sein de l'agence onusienne. Début août, un audit international inopiné a mis au jour un réseau de 400 employés fictifs sur les listes de paie des chantiers de l'UNOPS en RCA. Ce système frauduleux, actif depuis plus de huit ans, aurait coûté la somme astronomique de 14 milliards de francs CFA (environ 24 millions de dollars). Cette découverte a provoqué un véritable séisme managérial. Dès la fin Mai 2026, le Directeur Pays de l’UNOPS a été suspendu et placé en congé administratif. Pour stopper l'hémorragie financière, les inspecteurs de l'ONU ont imposé un contrôle drastique, exigeant la vérification physique des pièces d'identité originales pour chaque versement de salaire. Ce durcissement bureaucratique a provoqué des retards de paiement en cascade, poussant les ouvriers et les intermédiaires des provinces reculées, comme à Birao, à déserter les chantiers. Pour le gouvernement centrafricain, la situation offre une occasion idéale de renverser le rapport de force avec les institutions internationales. Alors que la Banque mondiale, le FMI et l'ONU multiplient les rapports critiques sur la gouvernance locale, Bangui savoure son retour de bâton : les donneurs de leçons sont aujourd'hui pris au piège de leur propre corruption interne. Pourtant, le paradoxe économique reste entier. Si Bangui tape du poing sur la table au nom de sa souveraineté, le projet reste intégralement financé par un prêt de la Banque mondiale que l'État Centrafricain devra, à terme, rembourser. En attendant, la pression populaire s'accentue sur le ministre des Travaux publics, Arthur Bertrand Piri, face à la dégradation continue du réseau routier. Pour le pouvoir, démontrer la culpabilité de l'UNOPS est devenu une urgence absolue pour préserver sa crédibilité, au moment où le pays tente de mobiliser 7 000 milliards de FCFA pour son plan de développement quinquennal.

Merci au service économie de LAMINE MÉDIA

LNC

Date: 10 Août 2026

Copyright © 2013-2026 Tous droits réservés: LAMINE MEDIA

____________________

..